RÉSUMÉ

 

T'as 34 ans. Tes veilles cicatrices te démangent. Tu penses à ton ancienne psy, Dr K. Tu lui écris une lettre pour lui dire qu'aujourd'hui ça va et t'en profites pour lui poser quelques questions. Tu fais ressurgir la jeune fille blessée que tu étais et qu'elle a accueillie dans son cabinet. Tu veux l'observer de plus près… Elle a 17 ans et se laisse couler le long des heures en attendant sa prochaine séance chez Dr K. Ses cheveux sont gras, elle dégueule tous ses repas, elle écoute Placebo enfermée dans sa chambre et écrit partout en lettres rouges que « la vie est une pute ». Armée de Lexomil, elle s'apprête à sauter, parce qu'ici ou ailleurs de toute façon… Ce qu'elle n'imaginait pas c'est que de l'autre côté, ça serait l'HP…

DISTRIBUTION

Texte : Jessica Roumeur / Mise en scène et jeu : Louise Forlodou et Jessica Roumeur / Regards extérieurs : Marine Bachelot Nguyen et Charlie Windelschmidt / Dessins animés : Catherine Le Carrer / Lumières et sonorisation : Thomas Ury / Administration : Madenn Preti.

Durée : 1h

Spectacle accessible à partir de 14 ans

Visionner le teaser :

ECRITURE

« Et bien changez de chaise... »

J'ai commencé à écrire cette lettre un soir de novembre 2012 à la suite d'une séance chez Dr K. dont j'étais ressortie particulièrement insatisfaite. J'avais passé mon temps à bavarder, à digresser, à tourner autour du pot sans parvenir à l'essentiel. J'ai constaté lors de cette séance qu'en dix années de consultation, je n'avais jamais changé de chaise. « Et bien, changez de chaise », me dit-elle... Comme si c' était aussi simple ! Ce jour-là, ce rituel et tous ceux qui l'accompagnent m'avaient profondément agacée. J'entreprends de lui écrire le soir-même. Je veux lui parler des rituels, questionner l'étrangeté de ce lien… Comment peut-on connaître si peu d'une personne et tout lui confier de soi ? Une lettre que je ne lui envoie pas mais que je ne parviens plus à lâcher. Elle devient un objet littéraire à la forme incertaine tandis que Dr K. et son cabinet en deviennent le sujet d'investigation. A cette époque, j'étais surveillante dans l'internat d'un lycée. Dans ce lieu de vie en collectif, au contact de ces jeunes, l’adolescence m’est revenue en plein visage avec mes souvenirs de l'hôpital. Celle que j’étais à leur âge est revenue me hanter. J'ai pioché dans mes carnets, dans mes gribouillis datés du temps où ma colère se heurtait aux murs des hôpitaux.

 

Du journal intime à la fable

 

Lettre à Dr K., deuxième création de la Cie La Divine Bouchère raconte, par le prisme de l'adresse à Dr K. la bataille d'une jeune fille qui ne voulait pas devenir adulte. Une jeune fille blessée qui hésite entre vivre et mourir et se fait rattraper par les couloirs des hôpitaux. Lettre à Dr K. embrasse les thématiques du lien patient-psy, de l'hôpital psychiatrique et de la révolte existentielle adolescente.

 

Jessica Roumeur


 

MISE EN SCÈNE

Ce spectacle s’ancre dans la continuation de la démarche de création du Concerto pour salopes en viol mineur : une écriture préalable qui se poursuit et s’agence au plateau. Louise Forlodou et Jessica Roumeur ont choisi de s'entourer de regards extérieurs pour les aider dans leur travail de mise en scène : Marine Bachelot-Nguyen (mise en scène et dramaturgie), Charlie Windelschmidt (mise en scène et dramaturgie) et Claire Picard (travail corporel).


 

Un solo à deux

 

Il s'agit d'un solo tenu par l'énonciatrice de la lettre, « Elle maintenant », interprétée par Jessica Roumeur. Par le prisme de cette lettre, elle fait ressurgir les souvenirs et fait revivre la chimère de la jeune fille torturée qu'elle a été, suicidaire et hospitalisée : « Elle d'avant », interprétée par Louise Forlodou. Deux comédiennes pour un même personnage ; d'un côté sa part fantasmatique, convoquée par la lettre, surgissement du passé, et de l'autre, sa part concrète, présente, en adresse directe.

SCÉNOGRAPHIE

C’est un espace scénique très épuré qui se dessine et se construit en étroite collaboration avec Thomas Ury, créateur lumière et son. Cet espace abrite ces deux silhouettes du même personnage appartenant à des temporalités distinctes. C’est un espace mental qui s'ouvre et donne à voir les souvenirs que l'énonciatrice de la lettre évoque et agence en direct au plateau.

La « boîte noire »

Un socle noir de 1m56 sur 1m80, et de 94 cm de profondeur. C'est le socle du souvenir, l'espace dans lequel évolue le personnage « Elle d'avant ». Elle apparaît soit sur la partie haute soit dans la partie basse, entourée de tulle noir et pouvant représenter à la fois l'hôpital et le cabinet de Dr K.

Symboliquement la « boîte noire », telle que la décrit Muriel Salmona est le lieu d'enfouissement des traumatismes non traités par la mémoire autobiographique. La violence de ces traumatismes et leur enfouissement, engendre une dissociation de l'être n'ayant plus accès à ses souvenirs et vivant dans une douleur et une angoisse permanentes. Lorsque cette boîte se réouvre et que le sujet retrouve la mémoire, il est envahi par ces événements passés exactement comme s'il les revivait au présent. Ce qui génère parfois des conduites à risques afin de dissiper la douleur et de tenter de mettre à distance les souvenirs. La narratrice de la Lettre, « Elle maintenant » finit d'explorer le contenu de sa « boîte noire » réouverte par « Elle d'avant » des années plus tôt et s'en libère en donnant chair à ses souvenirs, en les explorant sous différents angles au plateau, à travers la confidence à Dr K.

Micros

 

La technique du spectacle est assumée en majeure partie par « Elle maintenant ». Les micros en différents points du plateau permettent de construire de multiples espaces de parole avec des points de vue et des adresses différentes. Le micro est également utilisé comme un filtre. C'est la mémoire qui traite les souvenirs, les déforme, les interprète...

DRAMATURGIE

Tableau 1 : « Convoquer les chimères »

Il s'agit de l'exposition lors de laquelle se mettent en place les instances narratives : une énonciatrice de la lettre (« Elle maintenant ») parle d'un moi passé (« Elle d'avant ») dont la chimère surgit au plateau, convoquée par les souvenirs. Surgissent également par l'énonciation de la lettre des voix du passé (hôpital, parents, ami.e.s, blouses blanches, Dr K.). Ce premier tableau s'achève sur l'annonce d'une confidence jamais advenue.

 

Tableau 2 :« Sous les néons de l'hôpital »

Ce deuxième tableau est une plongée au cœur de l'hôpital et suit le fil de la pensée d'« Elle d'avant » au gré de ses passages à l'acte. Au centre de ce tableau, la tentative de suicide et à sa fin, l'avènement du monstre. Cet acte laisse la parole à ce que l'on voudrait cacher, la part monstrueuse du personnage.

 

Tableau 3 : « Se (dé)battre »

C'est la partie du retour à la chair. Dans un élan vital, la jeune fille remonte à la surface. Elle se débat et cette bataille se fait danse. Une danse expiatoire, comme les tarentelles en Italie, servant d'antidote au venin. Cette danse réunit les deux figures jusqu'alors dissociées de ce même personnage : « Elle maintenant » et « Elle d'avant ».


 

DESSINS ANIMES

 

Chaque tableau est clôturé par un dessin animé réalisé par Catherine Le Carrer. Ces trois courts instants en images, projetés sur le tulle de la boîte noire, viennent prendre le relais de la parole. Ils donnent à voir ce que nous n'étions pas en mesure en tant qu'interprètes de prendre en charge. Les aspérités du récit, la violence dans la chair, le symbole du monstre, de la boîte noire (le traumatisme)… Ils arrivent sur des morceaux très « teen spirit » lancés par « Elle maintenant » depuis son bureau / régie et appartiennent à la bande son d'« Elle d'avant » lors de ses périodes d'hospitalisation.

 

Esquisses du dessin animé de la fin du tableau 2 :

EXTRAITS DU TEXTE

 

Lettre


Elle maintenant :

 

Très chère Dr K.,

 

Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas adressée à vous, ma plus familière inconnue... Je vous écris aujourd'hui, pour que vous sachiez que je vais bien. Je ne suis plus cette jeune fille qui se laissait trimballer d'hôpitaux en cliniques sans pouvoir mettre de mots sur ce qui faisait d'elle une feuille morte à seulement dix-sept ans.

Je vous ai dit beaucoup de choses, en douze années de consultation. J'ai toujours été bavarde. Les mots ont défilé dans votre cabinet. Ils ont tourné comme des vieillards, obsolètes et tout rouillés. De vieilles rengaines tournant à vide à la surface et qui masquaient les vrais mots. Ceux que j'aurais dû dire plus tôt, plus que les autres. Les mots dangereux, ceux qui faisaient trop peur, trop mal. Ce sont ces mots-là que je voudrais vous dire aujourd'hui. En ce temps-là, je n'y avais pas accès. Ils dormaient dans une boîte noire que j'avais moi-même refermée et dont je ne trouvais plus la clé. J'étais un couloir. Je laissais passer... les mots et les événements. J'accueillais la circulation sans agir sur le trafic, sans mettre de sens sur les croisements, les carambolages, les fuites, les sprints, les marches arrière… A cette époque, j'étais un couloir tapissé de Deroxat, Zoloft, Norset, Effexor, Risperdal, Tercian, Zyprexa, Imovane, Stilnox, Lexomil, Théralène, Valium, Alprazolam, Tétrazépam, Tranxen, Buspar, Xanax, Atarax…

[…]

 

Bohars

 

Elle d'avant :

 

Putain d'Hôpital psychiatrique de Brest de merde, putain ! Putain de mois de novembre dégueulasse ! Et cette putain de fenêtre quasiment collée au plafond qui ne s'ouvre que sur quinze centimètres. De ton putain de lit, tu ne peux y voir qu'un bout de ciel gris et quelques feuilles mortes portées par le vent, un peu comme toi, parachutée là, qui suit le mouvement. Tous les meubles de ta putain chambre sont scellés dans le sol, des fois que ça t'amuserait de balancer ton lit à travers la fenêtre… Ils t'ont confisqué tes vêtements et toutes tes affaires personnelles. Tu traverses les couloirs, de ta chambre au fumoir, dans un putain de pyjamas couleur pisse pourri trop grand pour toi. Pas de sortie autorisée. De toute façon dans cette tenue, ça t'amuserait pas des masses de croiser trop de gens. Sur chaque porte, une putain de petite lucarne avec un putain de petit rideau. Et de temps en temps, le putain de petit rideau s'ouvre et y'a une tête qui apparaît pour vérifier que t'es toujours là, que t'es pas en train de te taillader les veines ni de te pendre à ton drap. En face de ta chambre, y'a une cellule d'isolement, sans rideau sur la lucarne, avec une paire d'yeux collée derrière en permanence et qui observe toutes tes entrées et sorties. Du coup, tu limites tes sorties. Tu sais plus quel jour on est. Quand t'as été amenée ici, déjà, tu savais plus quel jour on était. S'il y avait une nuit ou deux entre toi et ces murs. Une nuit ou deux depuis que t'as fait ça ? Et maintenant, les heures s'enchaînent – putain d'queue leu leu – elles te glissent dessus. Un trou immense s’est creusé dans ta conscience et dans ce matelas, sous le poids de ton corps. Tu es comme incrustée là. Cette inertie, ta stratégie. Tu sais que ça les énerve… tes parents, tes ami.e.s, ceux du dehors qui te regardent patauger... Ça les perturbe, ça fait beuguer leur petite valse quotidienne bien huilée... Ils s'arrêtent pas eux. Jamais. Quand ils viennent te voir, c'est bien calé dans leurs agendas.

[...]

 

Lettre

Elle maintenant :

 

« Je suis tombée de ma chaise ». Je crois que c'était votre exacte expression. « Je suis tombée de ma chaise. » Vous ne pensiez pas que je pourrais le faire ? Vous ne l'aviez pas envisagé ? Vous ne saviez peut-être pas qu'à la maison, la pharmacie était bien remplie… Vous me regardiez me pencher au-dessus du vide, mais vous ne pensiez pas que je finirai par sauter ? Alors vous êtes tombée de votre chaise. Je m'imagine la scène littérale. Coup de fil. « Elle a fait une T.D.S. » Et paf. Vous tombez du haut de votre fauteuil ergonomique, les fesses sur le lino… tandis qu'une équipe médicale vient de m'extirper du coma et subit les foudres de ma colère. Vous êtes tombée de votre chaise mais vous n'avez jamais assisté à ça, aux foudres de ma colère. Vous n'avez vu de moi que les parties les plus présentables. Vous n'avez jamais vu le monstre, tapis dans mon ventre. Dans votre cabine, il ne sortait pas. Je crois que vous l'avez convoqué quelques fois, mais il n'est jamais venu. C'était bien trop dangereux pour un monstre la cabine de Dr K… 

PRODUCTION / PARTENARIATS

Coproducteurs : La Maison du Théâtre à Brest / Préachat : La Maison du Théâtre, le Théâtre du Champ de Foire à Plabennec / Subventions : Ville de Brest, Conseil Régional de Bretagne, Conseil Général du Finistère / Accueil en résidence : La Maison du Théâtre à Brest, Le Théâtre du Champ de Foire à Plabennec, l’Armorica à Plouguerneau, La Paillette à Rennes, La Chapelle Dérézo à Brest, Au Bout du Plongeoir à Thorigné-Fouillard, l’Aire Libre à Saint Jacques de la Lande.

 

LA CRÉATION EN IMAGES

Vidéo de résidence :

Consulter le dossier artistique :

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